Larry Williams & Johnny Watson, « Nobody » (1967)

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« The music birthed at the Summer of Love endures. The Kaleidoscope used
music from other cultures and centuries to illuminate the psychedelic midnight.
There was even one recording they did, sometime in 1967, where world
beat meets cosmic R&B on tape. Kaleidoscope cut with Larry Williams and
Johnny “Guitar” Watson on
Nobody (…). These are the sort of “experiments”
and events that emerged in and around the Summer of Love in Hollywood. »
Kim Fowley

 

Interrogé en 2009 sur l’atmosphère particulière de l’été 1967 à Los Angeles, c’est le souvenir de cette collaboration étonnante entre deux héros du R&B aux mœurs dissolues et de jeunes pousses hippies qu’évoquait le légendaire producteur californien.

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En 1967, Larry Williams est directeur artistique pour le compte du label Okeh, la succursale R&B de Columbia. Son étoile de chanteur de premier plan de la fin des années 50, successeur chez Speciality de Little Richard, a depuis pâli.

Pour se remettre en selle, il s’est associé depuis le début des sixties avec son ami Johnny « Gangster of Love » Watson, guitariste surdoué et novateur (Space Guitar), dont la carrière avait elle aussi besoin de connaître un second souffle.

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En plus de leurs connexions musicales, Williams et Watson en partagent de moins avouables dans le monde criminel. Proxénétisme et trafic de dope font ainsi partie de leurs activités parallèles (fin 59, Williams est incarcéré pour une histoire de stups). Deux beaux prototypes de « pimps » de la Côte Ouest, frimeurs et flambeurs, en somme.

En 1965, les deux mauvais larrons embarquent pour une tournée en Angleterre, où Larry Williams a conservé une aura intacte auprès des jeunes fans des Beatles et des Stones, qui ont largement puisé dans son repertoire. À leur retour, ils enregistrent pour Okeh l’album Two for the Price of One, resté dans les mémoires autant pour son contenu frénétique (Too Late) que pour sa pochette inoubliable : Williams et Watson juchés sur le toit de leurs Cadillac Eldorado façon rodéo sauvage…

Le succès de l’album est néanmoins mitigé…. Larry Williams a alors l’idée de mettre au goût du jour la soul du duo en la combinant avec le nouveau son en vogue sur le Sunset Strip. Il fait donc appel pour le prochain single au jeune groupe Kaleidoscope, qui vient de sortir son premier album, Side Trips, tentative alors audacieuse de mêler psychédélisme, folk et musique moyen-orientale. Les concerts de la formation, qui associe à ses performances des danseuses du ventre ou de flamenco, sont alors une attraction courue des clubs de Los Angeles.

Kaleidoscope, circa 1967.

Parmi les membres de Kaleidoscope, David Lindley (à la harpe-guitare), Solomon Feldthouse (au saz turc) et Chris Darrow (à la basse) sont retenus pour la session, tandis qu’on fait appel, selon les témoignages, à Paul Humphries ou Earl Palmer, en tout cas une grosse pointure des studios de L.A., pour tenir la batterie.

Chris Darrow se souviendra longtemps de l’arrivée du duo Williams & Watson (ça sonne comme une marque de flingues…) le jour de l’enregistrement aux studios Columbia, à Hollywood. Attention aux yeux :

« They drove into the parking lot, at the same time, in matching Cadillacs ; one was metallic chocolate brown and the other was deep metallic burgundy. When they got out of their respective cars, they were wearing matching suits, the same color as their cars, with matching stingy brim hats. Too much ! I was in R&B heaven ! »

La session se déroule idéalement ; Watson et Williams, qui sont accompagnés par de charmantes demoiselles à la qualité indéterminée, se montrent très attentionnés envers leur hôtes. Larry Williams dirige la séance, c’est aussi lui qui jouent des congas sur le titre. Et tout le monde pense tenir avec Nobody un hit massif…

Les choses ne se passeront pas exactement comme ça, bien sûr. Okeh sortira bien le disque (qui aura aussi les honneurs d’un pressage français), mais Nobody sera boudé par les radios de la Cité des Anges. Et Chris Darrow croit se souvenir des raisons d’un tel boycott : selon lui, Larry Williams avait promis de fournir en coke quelques programmateurs radio influents ; faute d’avoir livré ces derniers, la sortie du single allait passer inaperçue.

Larry Williams en 1978.La combinaison soul/psychédélisme que préfigurait Nobody était pourtant promis à un bel avenir entre les mains de Norman Whitfield avec les Temptations, Sly Stone, Black Merda ou les Chambers Brothers.

Avant de se séparer en 1970, Kaleisdoscope enregistrera trois autres albums pour Epic, persévérant sans jamais décoller commercialement dans la veine « psychédélique ethnique » mâtinée de plus en plus d’éléments country. S’embourbant parfois dans des jams assez indigestes. Jimmy Page en fera son « groupe préféré de tous les temps »…

Johnny « Guitar » Watson participera à plusieurs enregistrements de Zappa. Au milieu des années 70, il collaborera avec David Axelrod (Heavy Axe). Mais c’est sous son nom et en surjouant son personnage de pimp funky aux dents en or qu’il triomphera à la fin de la décennie.

Séparé de son ami Watson, Larry Williams ne retournera plus en studio que de manière épisodique, consacrant désormais la plupart de son temps à ses activités de proxénète et de dealer. Andre Williams (un autre enfant de chœur…) se souvient de lui comme le « fournisseur » du studio Bolic Sound d’Ike Turner. En janvier 1980, Larry Williams sera retrouvé à son domicile de Los Angeles les mains attachées dans le dos et une balle dans la tête. Little Richard prononcera l’oraison funèbre de son vieil ami. L’Eté de l’amour était fini depuis longtemps.


NOTES

– James « the Hound » Marshall est l’incontesté docteur ès Larry Williams et Johnny Watson. Une visite sur son blog s’impose : thehoundblog.blogspot.com

– Interview de Chris Darrow (Kaleidoscope) par Ritchie Unterberger : richieunterberger.com

– Le livre de Harvey Kubernik Canyon of Dreams : the Magic and the Music of Laurel Canyon (Sterling, 2009) contient une foule d’infos sur les rock stars extravagantes qui peuplaient ce quartier de L.A., dont Larry Williams. L’auteur s’est aussi entretenu avec Chris Darrow sur sa collaboration avec W&W.

 

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5 thoughts on “Larry Williams & Johnny Watson, « Nobody » (1967)

  1. Salut, je viens de faire un joli « good memories » des « 60-70′s ».
    Pour moi, depuis ce temps-là, on a rien fait de mieux. Je te parle même pas d’avant !! Dés les premières notes des extraits, tu voyages ! Tu replonges dans l’ambiance, toutes les images font des « pop up » devant tes yeux. tu revois toutes les pochettes des disques qui te racontait des histoires. De la musique pour la musique. Yeah ! Continue lâche pas le bout. Je reviendrais te dire bonjour.

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